Il y a une question que l’on me pose souvent à l’approche des fêtes : comment fais-tu pour préparer Noël comme ça, recevoir toute la famille pendant plusieurs jours et ne pas arriver épuisée au 24 décembre ?
La réponse est probablement beaucoup moins mystérieuse qu’on ne l’imagine.
Je commence tôt.
Très tôt même.

Au Clos, Noël ne commence pas le 24 décembre. Il s’installe lentement dans la maison, presque sans bruit, à mesure que l’automne avance.
Il commence avec un premier cadeau trouvé un peu par hasard et caché dans une armoire. Puis avec une liste écrite sur un coin de carnet. Une chambre que l’on prépare. Une recette essayée un dimanche de pluie. Une boîte de décorations que l’on ressort d’un placard.
J’aime cette lente progression vers Noël presque autant que Noël lui-même.
Peut-être même davantage.
Car lorsque décembre arrive, je ne veux pas avoir l’impression de courir après une fête qui approche trop vite. Je veux avoir eu le temps de l’attendre.
Commencer par les cadeaux
Je commence à penser aux cadeaux dès l’automne.
Je n’ai jamais aimé cette course des dernières semaines de décembre, lorsque l’on cherche absolument quelque chose parce qu’il faut trouver quelque chose.
Je préfère acheter au fil de mes trouvailles.
Un livre qui me fait immédiatement penser à quelqu’un. Quelque chose en rapport avec une passion. Une petite chose aperçue au détour d’une boutique et dont je sais tout de suite à qui elle est destinée.
Je la prends et je la cache.
Dans une grande famille, cette habitude a aussi une vertu très pratique : elle permet d’étaler les dépenses.
Noël coûte cher lorsqu’on décide de tout acheter en décembre. Beaucoup moins lorsqu’il se construit progressivement pendant plusieurs mois.
Alors je garde une liste.
Les cadeaux déjà trouvés, ceux qu’il reste à chercher, les idées à ne pas oublier.
Au fil des semaines, les cachettes se remplissent et la liste se raccourcit.
J’ai fini par adopter une règle très simple :
ne pas attendre décembre pour financer décembre.

En novembre, la maison commence à savoir
Novembre est sans doute le mois le plus important dans ma préparation.
Le jardin ralentit. Les journées deviennent courtes. La lumière disparaît tôt derrière les fenêtres et nos week-ends au Clos deviennent naturellement plus intérieurs.
C’est à ce moment-là que je commence véritablement à préparer la maison.
J’ai une autre règle :
tout ce qui peut être fait en novembre ne doit plus avoir à être fait en décembre.
Je commence par les chambres.
Puisqu’elles ne seront plus occupées avant l’arrivée de la famille, pourquoi attendre les derniers jours pour les préparer ?
Chaque chambre possède sa propre boîte de Noël.
Elle reste toute l’année dans son placard et contient tout ce qui appartient à cette pièce pour les fêtes : ses décorations, celles de son sapin et même son linge de lit de Noël.
C’est une organisation que j’aime particulièrement parce qu’elle est d’une simplicité absolue.
Une chambre. Un placard. Une boîte.
Lorsque novembre arrive, je n’ai pas besoin de chercher dans de grands cartons ce qui appartient à telle ou telle pièce.
J’ouvre le placard et tout est là.
Je change le lit.
À Noël, même les chambres ont leurs habits de fête : couettes, housses de couette et taies d’oreiller que nous ne ressortons qu’à cette période.
Puis je prépare le sapin.
Dans les chambres des adultes, il reste discret et élégant. Dans celles des enfants, je le veux plus présent, plus lumineux, avec cette petite part d’excès que Noël permet encore.
J’aime que la fête ne s’arrête pas à la porte du salon.
Qu’en montant se coucher, on retrouve encore quelques lumières au bout d’un couloir et un sapin derrière une porte.
Lorsque tout est terminé, je referme la chambre.
Elle peut attendre.
Et il y a quelque chose de très satisfaisant dans cette porte que l’on ferme en se disant : celle-ci, je n’ai plus à y penser.
En janvier, chaque chose retrouvera sa boîte et chaque boîte son placard jusqu’à l’hiver suivant.
Avec les années, ce genre de détail finit par devenir une tradition sans que l’on ait jamais vraiment décidé qu’il en serait une.
Décider avant d’acheter
En novembre, je décide également de tous les menus du séjour.
Ce que nous mangeons à Noël appartient à une autre histoire. Mais la manière dont je le prépare commence ici.
Je veux simplement savoir, suffisamment tôt, ce qui sera nécessaire.
À partir de là, les courses cessent d’être une immense expédition de dernière minute.
Les boissons peuvent être achetées plusieurs semaines auparavant. Les produits d’épicerie aussi. Certaines choses peuvent attendre dans le congélateur.
Petit à petit, les réserves se constituent.
J’aime cette façon de faire parce qu’elle étale autant les dépenses que le travail.
Une fois les menus écrits, je les reprends un par un.
Qu’est-ce qui peut être préparé maintenant ?
Qu’est-ce qui peut être congelé ?
Qu’est-ce qui peut être fait quelques jours avant ?
Qu’est-ce qui devra réellement attendre le dernier moment ?
Et c’est ainsi que mon rétroplanning se construit.
Je pars du jour où la famille arrivera et je remonte le temps.
Je place les commandes, les achats, les préparations.
Tout ce qui peut quitter ma tête pour être confié au papier y va.
Car une liste n’est pas là pour rendre Noël plus rigide.
Elle est là pour libérer l’esprit.
Les dimanches de pluie
Certains des préparatifs que je préfère sont probablement ceux qui ne ressemblent pas vraiment à des préparatifs.
Il y a, en novembre, des dimanches où la pluie tombe presque sans interruption sur le Clos.
Le jardin est gris, personne n’a vraiment envie de sortir et la cuisine devient naturellement le centre de la maison.
Ce sont les jours parfaits pour commencer certaines préparations de Noël.
Et lorsque j’ai le temps, j’aime que les enfants viennent cuisiner avec moi.
Parce qu’en novembre, justement, nous avons le temps.
Personne n’attend le plat.
Rien ne doit sortir du four à une heure précise.
Je peux montrer un geste, expliquer une recette, les laisser faire beaucoup moins vite que je ne le ferais moi-même.
Je peux surtout les laisser se tromper.
C’est peut-être l’une des choses que l’anticipation m’a apprises : on transmet beaucoup mieux lorsque l’on n’est pas pressé.
Dans l’urgence, il est tellement facile de finir par dire :
« Laisse, je vais le faire. »
En novembre, je peux me taire et regarder faire.
Si quelque chose est raté, nous recommencerons le week-end suivant.
Et bien sûr, nous préparons toujours un peu plus que nécessaire.
Il faut goûter.
Une première fournée sort du four.
Quelqu’un en prend une.
Puis une deuxième, parce qu’il faut être certain.
On décide qu’il faudrait peut-être changer quelque chose à la recette.
La pluie continue de tomber derrière les fenêtres. La cuisine est chaude. Les premières chansons de Noël commencent parfois déjà à jouer.
Et une préparation destinée à gagner du temps en décembre devient finalement un après-midi passé ensemble.
C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais eu le sentiment qu’anticiper gâchait la fête.
Au contraire.
Anticiper ne raccourcit pas Noël. Cela le fait commencer plus tôt.
Fin novembre, envoyer les invitations
À la fin du mois de novembre, j’envoie les invitations.
Tout le monde connaît évidemment les dates depuis longtemps. Un message serait beaucoup plus simple.
Mais une invitation de Noël n’est pas vraiment là pour informer.
Elle est là pour annoncer.
J’aime l’idée d’un véritable petit carton qui arrive dans une boîte aux lettres et qui signifie : ça y est, nous y sommes presque.
Sur chaque invitation, j’ajoute également le rôle que chacun aura pendant son séjour.
Certains titres sont volontairement un peu solennels.
Le photographe.
Le responsable de la musique.
Le maître des boissons.
Celui qui veillera au bois.
Ceux qui aideront au service.
Celle qui s’occupera des animaux.
Cela nous amuse, mais ce petit jeu est devenu important pour moi.
Je veux que chacun se sente concerné par Noël.
Je ne veux pas d’un côté ceux qui préparent la fête et de l’autre ceux qui viennent simplement en profiter.
Même les enfants peuvent avoir leur petite responsabilité.
Peu importe qu’elle soit modeste ou presque symbolique.
Ce qui compte est de pouvoir penser :
« Ça, c’est moi qui m’en occupe. »
Bien sûr, cela répartit aussi les tâches. Une maison pleine fonctionne mieux lorsque tout ne repose pas sur une seule personne.
Mais ce n’est pas uniquement une question d’organisation.
Donner un rôle à chacun, c’est lui donner une petite place dans la fabrication de Noël.
Et je soupçonne que, dans quelques années, certains de ces rôles feront partie des souvenirs autant que les cadeaux.
Le matin de Saint-Nicolas
Puis arrive Saint-Nicolas.
Chez nous, c’est une fête beaucoup plus intime.
Une sorte de Noël en miniature avant que la maison ne se remplisse quelques semaines plus tard.
Le matin, je prépare un grand petit-déjeuner.
Les lumières sont allumées et la maison sent les pâtisseries que l’on vient de réchauffer.
Il y a des gâteaux, du pain d’épices, des pâtisseries encore chaudes et toujours des oranges.
J’aime les oranges sur une table de Saint-Nicolas.
Elles ont quelque chose d’ancien, de simple, presque désuet, qui me ramène immédiatement aux fêtes d’autrefois.
Et puis je prévois un petit cadeau pour chacun.
Rien d’important.
Une attention.
Quelque chose que l’on découvre encore un peu ensommeillé, autour d’une table chaude, alors que décembre est froid derrière les fenêtres.
J’aime que Saint-Nicolas reste ainsi.
Il ne cherche pas à prendre la place de Noël.
Il l’annonce.
Il en donne simplement un premier parfum.
Les enfants grandissent et les histoires changent avec eux, mais les pâtisseries chaudes, le pain d’épices, les oranges et le petit cadeau peuvent rester.
C’est peut-être cela, finalement, une tradition : quelque chose que l’on continue à faire longtemps après avoir oublié pourquoi on a commencé.
Décembre doit devenir de plus en plus léger
À mesure que décembre avance, je ne veux pas voir ma liste s’allonger.
Je veux la voir disparaître.
Je vérifie les cadeaux.
Je passe les dernières commandes.
Je complète les réserves.
Je prépare ce qui peut encore l’être.
Et lorsque quelque chose peut être définitivement terminé, je le termine.
Je ne raisonne plus tellement en me demandant :
Combien de jours reste-t-il avant Noël ?
Je préfère me demander :
À partir de quand puis-je faire cela pour ne plus avoir à y penser ?
Cette façon de réfléchir change tout.
Car plus Noël approche, plus les préparatifs devraient devenir légers.
Je garde toujours en tête une règle un peu sévère mais très efficace :
le 24 décembre ne devrait jamais contenir ce que j’aurais pu faire le 18, le 10 ou même en novembre.
Garder les choses vivantes pour la fin
Les derniers jours sont réservés à ce qui ne pouvait pas attendre.
Les choses vivantes.
Les fleurs, surtout.
Je veux un bouquet dans chaque chambre et quelques-uns dans les pièces communes.
À Noël, je n’aime pas tellement les compositions trop sophistiquées.
Je préfère le houx, le lierre, les branches de sapin, les baies et les feuillages persistants.
Des choses qui semblent presque avoir été rapportées du jardin quelques minutes auparavant.
Dans une vieille maison de campagne, cela me paraît plus juste.
J’aime penser que l’on aurait pu décorer ces pièces presque de la même façon il y a cent ans.
Et il y a le gui.
J’en suspends toujours une branche au-dessus de la table de Noël.
Parce que je trouve cela joli.
Et parce que le gui porte bonheur.
Je ne cherche pas vraiment à savoir si j’y crois.
Le gui porte bonheur, alors je mets du gui.
Certaines traditions n’ont pas besoin d’une explication plus compliquée.
Dans les salles de bains, je dépose également de petits savons choisis pour cette période, avec des parfums chauds, boisés ou épicés.
Ce sont des détails minuscules.
Mais une maison de Noël ne se prépare pas seulement avec ce que l’on voit.
Elle se prépare aussi avec ce que l’on sent, ce que l’on entend et ce que l’on ressent en entrant.
La musique fait partie de cela.
Chez nous, RFM Christmas finit par devenir la bande-son de décembre.
Il suffit de l’allumer.
Et immédiatement, la maison semble un peu plus proche de Noël.
Préparer, puis savoir s’arrêter
Quelques jours avant l’arrivée de la famille, je sors aussi tout ce qui peut déjà l’être.
La belle vaisselle.
Les verres.
Le linge de table.
Les bougies.
Les marque-places.
Je vérifie une dernière fois mes listes.
Les cadeaux sont achetés et cachés.
Les chambres sont prêtes depuis novembre.
Les menus sont écrits.
Les boissons sont là.
Les principales courses sont faites.
Les préparations qui pouvaient être anticipées le sont.
Les bouquets ont rejoint les chambres.
Les petits savons attendent dans les salles de bains.
Le gui est suspendu.
Tout ce que j’ai prévu pour les jours à venir est préparé et rangé, prêt à être sorti au moment voulu.
Et c’est là que vient probablement la partie la plus difficile.
S’arrêter.
Ne plus ajouter une décoration parce que j’ai vu une nouvelle idée.
Ne plus inventer quelque chose au dernier moment.
Ne plus essayer de rendre Noël encore un peu plus parfait.
Je prépare beaucoup en amont précisément pour pouvoir ensuite lâcher prise.
C’est tout le paradoxe.
J’organise énormément pour arriver au moment où je n’aurai justement plus besoin d’organiser.
Je crois que c’est cela que je voudrais dire à mes enfants s’ils me demandaient un jour comment préparer Noël dans leur propre maison.
Commencez tôt.
Faites les choses lorsqu’elles peuvent être faites, pas lorsqu’elles deviennent urgentes.
Écrivez ce que vous avez peur d’oublier.
Préparez les chambres avant d’en avoir besoin.
Achetez progressivement.
Cuisinez lorsque vous avez le temps de rater.
Et gardez pour les derniers jours les fleurs, les parfums, les lumières et tout ce qui donne soudain vie à ce que vous avez préparé pendant des semaines.
Mais surtout, fixez-vous un moment où vous déciderez que c’est terminé.
Parce qu’une fête que l’on prépare sans jamais savoir s’arrêter finit par se dérouler sans nous.
Moi, je veux que lorsque la première voiture entrera dans la cour du Clos, ma liste puisse rester là où elle est.
Je veux regarder une dernière fois les lumières aux fenêtres, les chambres prêtes à l’étage, le gui suspendu au-dessus de la table et les bouquets fraîchement posés.
Puis refermer mon carnet.
Et aller ouvrir la porte.

Laisser un commentaire